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Thierry Bouvier : À l’ombre des micro- et nanoplastiques

  • 5 mars
  • 3 min de lecture

Thierry Bouvier est chercheur en microbiologie marine au CNRS et à l’IRD (laboratoire MARBEC) et coordonne un projet scientifique majeur sur les bactéries qui se développent sur les plastiques en mer. Il étudie comment ces micro-organismes se fixent sur les déchets flottants et évaluent les risques qu’ils représentent pour la santé humaine, tout en supervisant l’ensemble des activités scientifiques liées au projet.


Dès qu’un objet est plongé dans l’océan, il se recouvre d’un biofilm visqueux constitué d’exopolymères, des molécules organiques particulièrement nourrissantes pour les bactéries. « La majorité des bactéries ne vivent pas directement sur le plastique mais dans ce biofilm qui se développe autour », précise Thierry Bouvier. Certaines bactéries humaines, qui normalement ne survivraient pas en mer, peuvent pourtant persister plusieurs semaines et coloniser ces plastiques. Parmi elles, certaines sont bien connues pour provoquer des maladies : Escherichia coli, responsable de diarrhées parfois mortelles chez les enfants ou les personnes immunodéprimées, Klebsiella pneumoniae, qui infecte les poumons, ou encore Staphylococcus aureus, pathogène cutané. Ces bactéries, souvent transportées par les plastiques, illustrent combien ce déchet invisible peut devenir un vecteur de risques sanitaires.


Le problème ne se limite pas aux bactéries. En mer, le plastique se casse sous l’effet du soleil, du sel et des vagues, créant de très petits morceaux appelés microplastiques, qui mesurent quelques millimètres. Ces microplastiques peuvent ensuite se fragmenter encore davantage pour devenir des nanoplastiques, des particules si minuscules qu’elles peuvent passer à travers les cellules et entrer directement dans notre corps. « Sans le savoir, nous ingérons du plastique tous les jours », prévient le chercheur. Selon les études les plus récentes, un être humain ingère environ 0,8 gramme de plastique par semaine, que ce soit dans les aliments, les boissons, le vin, les sodas ou même la viande. « Ces plastiques contiennent des additifs chimiques — pour la couleur, la texture, la dureté — qui peuvent être relargués dans notre organisme et potentiellement affecter plusieurs fonctions vitales, comme le système reproductif », ajoute-t-il.


Face à ce constat alarmant, Thierry Bouvier insiste sur une nuance importante : le plastique est aussi utile à l’homme. Il cite l’exemple des IRM, entièrement fabriqués en plastique pour des raisons de sécurité, qui permettent de détecter précocement des cancers et sauver des vies. Le problème, selon lui, ne réside pas dans le plastique indispensable, mais dans son utilisation superflue et la mauvaise gestion des déchets. « Il faut limiter le plastique inutile et, surtout, traiter correctement celui qui est utilisé afin qu’il ne se retrouve pas dans l’environnement », explique-t-il.


Pour réduire l’impact des micro- et nanoplastiques, le chercheur souligne l’importance d’agir en amont, en combinant connaissance scientifique, actions de terrain et solutions concrètes. C’est dans cette logique que s’inscrit le projet ExPLOI (Expédition Plastique Océan Indien, financé par l’AFD et le FFEM), porté par la Commission de l’océan Indien (COI), qui vise à mieux comprendre et à réduire la pollution plastique dans la région. En 2025, ExPLOI a notamment mené une campagne régionale en collaboration avec Plastic Odyssey, associant opérations de terrain et collecte de données afin de mieux documenter la présence et les effets des micro- et nanoplastiques dans l’environnement marin.


Thierry Bouvier attire aussi l’attention sur l’effet combiné des pollutions. La pollution plastique n’agit pas seule : la pollution atmosphérique, les pesticides ou d’autres facteurs environnementaux peuvent interagir et contribuer à déclencher des maladies. « Le plastique fait partie de plusieurs facteurs, mais il ne faut pas négliger le reste », précise-t-il. Cette complexité rend la recherche indispensable pour mieux comprendre comment ces particules chimiques interagissent avec le corps humain et quels risques elles représentent sur le long terme.


Le message de Thierry Bouvier est clair : il s’agit d’un travail collectif, à l’échelle de la société. « Notre travail scientifique est une petite brique dans la grande maison que nous devons construire pour limiter l’impact négatif du plastique sur la santé humaine. Mais pour construire cette maison, nous avons besoin d’énormément de personnes, pour faire énormément de briques. » La sensibilisation, la réduction de la consommation de plastique superflu et la gestion correcte des déchets sont donc des actions que chacun peut mener, à son échelle, pour participer à cette immense construction collective.


L’expertise de Thierry Bouvier éclaire les conséquences invisibles de la pollution plastique. Les micro- et nanoplastiques, intrus imperceptibles, pénètrent dans l’organisme en transportant bactéries et additifs chimiques. Les risques sont réels, mais des solutions existent : limiter l’usage du plastique, mieux gérer les déchets et unir les efforts pour protéger l’environnement et la santé humaine. Comme le souligne le chercheur, « c’est un travail collectif, mais chaque action compte pour construire un futur plus sûr et sain ».

 
 
 

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