Vimla Dabysing : De la peur à la force
- 5 mars
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En 2017, la vie de Vimla Dabysing bascule sans prévenir. À 53 ans aujourd’hui, elle revient sur ce combat qui l’a profondément marquée et transformée : celui contre le cancer du sein. Un mot qui, à l’époque, résonnait pour elle comme une condamnation, un défi qu’elle n’avait jamais imaginé devoir affronter.
« Pour moi, le cancer, c’était la mort », confie-t-elle avec une sincérité désarmante. Tout commence par une douleur au sein gauche et une petite grosseur d’environ un centimètre. Une boule mobile, douloureuse, accompagnée de fièvre et de vertiges. Rien, à ses yeux, qui puisse évoquer un cancer. « J’étais persuadée que ce n’était qu’un kyste ou un abcès. Le cancer, ça ne fait pas mal, disait-on. Alors je n’y ai jamais pensé. »
À cette période, Vimla travaille dans une garderie et s’occupe de bébés. Un jour, une médecin vient sur place pour voir son enfant. En prenant le bébé dans ses bras, Vimla ressent une vive douleur au sein gauche. La médecin, pensant d’abord que l’enfant lui avait donné un coup, lui demande la permission de l’examiner. C’est là qu’elle voit la grosseur et conseille aussitôt à Vimla de se rendre à l’hôpital. Ce conseil marque un premier tournant.
Les mois suivants sont flous, ponctués de fièvre persistante et de traitements qui ne prennent pas réellement en compte cette masse au sein. Lorsque la médecin revient à la garderie et remarque que le visage de Vimla s’assombrit, elle insiste à nouveau. Cette fois, elle la guide, l’accompagne, la pousse à aller plus loin. Vimla est orientée vers un chirurgien. Les examens ne laissent rien paraître d’alarmant. « On m’a même dit que si c’était une boule de graisse, ça ne ferait pas mal », se souvient-elle.
Le jour de l’opération, Vimla plaisante. Elle demande une petite cicatrice, presque rassurée par la taille de la grosseur. L’intervention se déroule bien, la cicatrice est discrète, et elle reprend rapidement le travail. Huit jours plus tard, elle revient chercher ses résultats, confiante. Trop confiante.
Dans le cabinet médical, quelque chose cloche. Le silence, les regards. Le médecin hésite, puis lui demande de continuer à rire après l’annonce. « Il m’a dit qu’il avait une mauvaise nouvelle : j’avais un cancer du sein. » Le monde s’effondre. D’abord le déni. Puis la peur. « J’étais convaincue que ce n’était pas mes résultats. »
Ce n’est qu’en quittant la consultation que la réalité la rattrape. Dans le couloir, elle parle seule, pleure, répète qu’elle va mourir. À 45 ans, une autre angoisse la submerge : comment l’annoncer à son époux, déjà fragilisé par une crise cardiaque quelques mois plus tôt ? Elle se tait. Ni son mari, ni ses filles, ni ses sœurs ne savent.
Le silence se brise lorsqu’elle demande à son époux de l’accompagner à l’hôpital, comme le médecin le lui a demandé. Il lui demande alors une première fois si tout va bien ; elle ne lui dit rien. Lorsqu’il lui pose la question une seconde fois, elle fond en larmes. C’est à ce moment-là qu’elle lui annonce la maladie. Il est là, présent, solide.
À l’hôpital, le verdict est clair : une nouvelle opération est nécessaire, avec l’ablation d’un sein. Vimla refuse. « Je disais que j’allais devenir moche. » Le médecin, qu’elle décrit comme humain et honnête, lui expose les faits : garder le sein, c’est quelques années de vie ; l’enlever, c’est espérer dix à quinze ans de plus. Malgré tout, elle hésite. C’est alors que son époux prononce ces mots simples, mais décisifs : « Malad, bizin tire zete. Pa garde malad. » Ce soutien change tout.
Vimla accepte l’opération. Elle affronte ensuite la chimiothérapie, la perte des cheveux, des sourcils, l’image de soi brisée. Elle doute du regard de son mari, de celui des autres. « Le regard des gens est épuisant », dit-elle. Sans prothèse, sans soutien-gorge possible après l’opération, elle sent les yeux se poser sur elle, juger, questionner. Un jour, à Rose-Hill, elle oublie sa prothèse. Les regards la transpercent. « Pour eux, je n’étais plus normale. »
Comme si le cancer ne suffisait pas, il faut aussi affronter le jugement silencieux.
Dans ce parcours, Link to Life devient un pilier. Un refuge. « Ils nous apprennent comment combattre le cancer, mais aussi comment vivre avec. » Soutien psychologique, accompagnement médical, prothèses, perruques, paroles réconfortantes : tout est là. « Quand mon moral est au plus bas, un simple appel suffit à me relever. » Vimla n’hésite pas à transmettre leurs coordonnées à d’autres patients en détresse. Parce qu’elle sait.
Aujourd’hui, près de dix ans plus tard, Vimla est toujours là. Elle a marié sa fille aînée. Elle parle avec foi, lucidité et courage. « Le cancer est un ennemi contre lequel je me bats tous les jours. » Son message est clair : ne cachez pas la maladie. Parlez-en. Consultez. Battez-vous tant que vous le pouvez. À la famille des personnes atteintes d’un cancer, elle demande d’encourager, de soutenir, d’être présentes. « Une main sur l’épaule, une parole qui rassure, cela peut suffire pour continuer », dit-elle. Aux époux, elle lance un appel fort : protégez vos femmes. Ne les rejetez pas, ni elles ni vos enfants. Face à la maladie, ce soutien est essentiel pour tenir et avancer.
Vimla Dabysing continue le combat. Non pas parce qu’elle n’a pas peur, mais parce qu’elle a choisi la vie.




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