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Dr Anjum Heera Durgahee : Cancer et santé mentale

  • 5 mars
  • 4 min de lecture


Derrière chaque diagnostic de cancer se trouve une personne confrontée à un bouleversement profond. Au-delà des traitements médicaux, l’accompagnement psychologique joue un rôle essentiel pour aider patients et proches à traverser cette épreuve. La psychologue clini-cienne Dr Anjum Heera Durgahee rappelle l’importance de prendre soin de la santé mentale tout au long du parcours de soins.


Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et expliquer votre rôle de psychologue auprès des personnes atteintes de cancer ?

Je suis psychologue clinicienne et j’accompagne les personnes atteintes de cancer à chaque étape de leur parcours : de l’annonce du diagnostic aux traitements, à la rémission, et parfois en phase palliative. Mon rôle ne consiste pas seulement à apaiser la détresse psychologique, mais à aider les patients à comprendre ce qu’ils vivent intérieurement et à traverser les bouleversements émotionnels et identitaires liés à la maladie.


J’accompagne aussi les proches — conjoints, enfants, parents — souvent profondément touchés. Je propose un espace sécurisant où les émotions peuvent être exprimées librement : peur, colère, tristesse, culpabilité, mais aussi espoir. L’objectif est d’aider chacun à retrouver des repères et du sens dans une période où tout semble incertain.


Parlez-nous du thème choisi pour cette année et de son importance dans l’accompagnement psychologique des patients.

Le thème de cette année, « Unis par l’unique », met en lumière la personne derrière la maladie. Il rappelle que le cancer n’est pas uniquement un problème médical, mais une expérience humaine déstabilisante.


Cette approche invite à considérer le patient dans sa globalité : son histoire, ses émotions, ses relations et sa dignité. En psychologie, cette vision est essentielle. Elle redonne une voix aux patients et reconnaît leur souffrance invisible. Prendre soin de la santé mentale améliore la qualité de vie, soutient l’adhésion aux traitements et renforce le sentiment d’être acteur de son parcours.


Quelles sont les réactions psychologiques les plus fréquentes après l’annonce d’un diagnostic de cancer ?

L’annonce d’un cancer est souvent vécue comme un choc. Beaucoup décrivent une sidération, comme si le temps s’arrêtait. Les réactions fréquentes incluent le déni, la peur intense, l’angoisse de mort, la tris-tesse ou la colère.


Certains ressentent une perte de contrôle et des pensées envahissantes. D’autres paraissent continuer normalement tout en étant intérieurement submergés. Ces réactions sont humaines. L’accompagnement psychologique permet de les normaliser et d’éviter qu’elles ne se transforment en anxiété sévère ou en dépression.


Comment le cancer affecte-t-il l’identité, l’estime de soi et le rapport au corps ?

Le cancer peut ébranler profondément l’identité. Le corps, autrefois allié, devient parfois source de douleur ou de trahison. Les effets des traitements — perte de cheveux, cicatrices, changements physiques — altèrent l’image corporelle et fragilisent l’estime de soi.


Certains patients disent ne plus se reconnaître ou perdre leur rôle social et familial. Ils peuvent se définir uniquement à travers la maladie. Le travail thérapeutique aide à se reconnecter à soi au-delà du cancer, à retrouver une relation plus apaisée avec son corps et à reconstruire une identité qui intègre la maladie sans s’y réduire.


Comment accompagner un patient face à ses peurs — qu’il s’agisse de la mort, de la douleur ou de l’inconnu ?

Les peurs liées au cancer sont multiples : peur de mourir, de souffrir, de laisser ses proches ou de perdre son autonomie. Elles ne sont pas toujours exprimées.


L’accompagnement commence par l’accueil de ces peurs, sans les minimiser. Mettre des mots sur l’angoisse aide à l’apprivoiser. Le psychologue soutient le patient pour distinguer ce qui relève de l’imaginaire de ce qui est réel et pour retrouver un sentiment de sécurité intérieure. L’objectif n’est pas d’effacer la peur, mais de permettre de vivre malgré elle, en se recentrant sur le présent.


Quel rôle joue l’entourage dans le bien-être psychologique d’une personne malade, et comment peut-il aider concrètement ?

L’entourage est un soutien essentiel. Une présence bienveillante et une écoute sincère peuvent faire une grande différence.


Aider ne signifie pas imposer un optimisme forcé, mais accepter les moments de vulnérabilité. Concrètement, il s’agit d’être présent sans juger, de respecter les limites du patient et de l’encourager à demander de l’aide si nécessaire. Les proches doivent aussi prendre soin d’eux-mêmes, car l’épuisement des aidants est fréquent.


Quels outils ou approches psychologiques peuvent aider à traverser cette épreuve, pendant et après les traitements ?

L’accompagnement s’adapte aux besoins de chacun. Les entretiens de soutien permettent d’exprimer les émotions et de rompre l’isolement. Les techniques de relaxation, de gestion du stress et de pleine conscience aident à apaiser l’anxiété.


D’autres approches travaillent sur le sens, les valeurs et la résilience. Après les traitements, un suivi peut être nécessaire pour gérer l’angoisse de la récidive ou le sentiment de vide laissé par la fin des soins. Cette période reste psychologiquement sensible.


Quel message aimeriez-vous adresser aux personnes atteintes de cancer, ainsi qu’à celles qui hésitent encore à consulter un psychologue ?

Les personnes atteintes de cancer ont le droit d’être fragiles et de ne pas aller bien. La maladie demande de la force, mais cette force n’exclut pas le besoin d’être soutenu. Consulter un psychologue est un acte de respect envers soi-même. Prendre soin de sa santé mentale est aussi important que prendre soin de son corps. Personne ne devrait porter seul un poids aussi lourd. Chacun mérite d’être écouté et accompagné avec humanité.

 
 
 

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