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Immigration à Maurice : Entre silence et dignité

  • 10 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 janv.


Le 6 octobre 2025, la salle de l’Institut Cardinal Jean Margéot (ICJM) vibrait d’une attention rare. Le sujet du jour touchait à une réalité souvent invisible : celle des travailleurs migrants à Maurice. Les participants ont échangé sur les défis et les espoirs liés à leur intégration, à leurs conditions de vie et au respect de leurs droits. Le thème – « Immigration à Maurice : réalités présentes et défis futurs » – pouvait paraître théorique au premier abord, mais très vite, les interventions ont révélé la dimension profondément humaine du sujet, transformant le débat en une réflexion sur la dignité, la peur et l’espoir.


Parmi les voix qui ont marqué cette rencontre, celle de Jane Ragoo, secrétaire générale de la CTSP, a résonné avec force. Connue pour son franc-parler, elle a rappelé que « tout ce que nous disons est documenté. Nous travaillons avec des faits, pas des rumeurs. » Derrière cette rigueur syndicale, une conviction profonde : la dignité humaine ne devrait jamais dépendre d’un permis de travail.


Elle a évoqué des cas concrets : un travailleur bangladais décédé après que son employeur lui a refusé l’accès à un hôpital, ou encore deux travailleuses malgaches tombées enceintes durant la pandémie, expulsées de leur dortoir avec leurs bébés. Grâce à la CTSP et à l’intervention de l’Ombudsperson d’alors, Rita Venkatasawmy, elles ont pu être hébergées dans un centre d’accueil. « Il existe une loi non écrite interdisant aux femmes migrantes d’avoir des enfants à Maurice. Mais la nature humaine, elle, ne se contrôle pas », déplore-t-elle.


Pour Jane Ragoo, il est urgent d’offrir un véritable accompagnement aux travailleurs étrangers. Elle plaide pour la création d’un guichet unique – un One Stop Shop – pour centraliser leurs démarches et résoudre leurs problèmes administratifs. Elle milite aussi pour un passeport syndical, qui garantirait la liberté d’adhésion syndicale, sans crainte de représailles. Mais son regard se tourne aussi vers l’avenir : « Nos jeunes quittent le pays, notre population vieillit. Qui prendra soin de nous demain ? Ce seront des travailleurs étrangers. Il faut donc leur garantir le respect et la dignité qu’ils méritent. »


Quand la dignité devient un combat


Depuis le public, Reaz Chuttoo, autre syndicaliste connu, a pris la parole pour souligner une réalité inquiétante : « L’île Maurice est classée parmi les

human trafficking countries, parce que les travailleurs étrangers n’ont pas de véritables droits légaux. » Il a dénoncé la facilité avec laquelle un employeur peut, d’un simple courriel au Bureau des passeports et de l’immigration, faire annuler un permis de travail. « En une journée, un homme peut perdre son emploi, son toit, et se retrouver en détention. C’est ce qu’on appelle work under threat — travailler sous menace. »


Ses mots ont résonné comme un électrochoc. Derrière les chiffres et les débats administratifs, c’est bien la vulnérabilité humaine qui transparaît.


De son côté, Jean-Daniel Camoin, coordinateur de la Pastorale des Migrants, a invité le public à regarder la réalité en face : « Le pain que nous mangeons a été préparé par un Bangladais. L’essence que nous mettons dans notre voiture nous est servie par un Malgache. À la caisse du supermarché, c’est souvent un étudiant africain qui nous sourit. Ce sont des visages que nous croisons chaque jour, sans vraiment les voir. »


Pour lui, le débat sur l’immigration ne peut pas se limiter aux travailleurs des zones industrielles. Il concerne aussi les expatriés, les étudiants étrangers,

les jeunes professionnels, les retraités venus s’installer ici. En mars 2025, on comptait 48,458 travailleurs sous Work Permit. En ajoutant les autres permis (occupational et young professional), cela représente près de 70,000 immigrés vivant actuellement à Maurice. Un chiffre qui devrait dépasser la barre des 100,000 d’ici 2030. « Avec une population vieillissante et une immigration croissante, si nous ne nous préparons pas à accueillir ces personnes dans de bonnes conditions, nous risquons de nous asseoir sur une bombe sociale à retardement », prévient-il.


Tous s’accordent sur un point : l’immigration n’est pas une menace, mais une opportunité mal gérée. Une opportunité humaine, économique et sociale — à condition d’y mettre un peu d’âme.


En conclusion, Jean-Daniel Camoin cite le pape François : « Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. » Et si ce simple credo devenait le fondement d’une société plus humaine, plus juste, plus consciente de sa propre richesse ?



Just Good Work Mauritius : un outil pour les travailleurs étrangers


Développée par IndustriALL Global Union, ASOS et la CTSP, cette application informe et protège les travailleurs migrants. Disponible en plusieurs langues, elle donne accès à des renseignements essentiels sur les droits, la santé, le logement et les démarches administratives. Elle permet aussi de signaler anonymement des abus — un outil concret pour briser l’isolement et favoriser la

justice.


 
 
 

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