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Dr Stéphanie Fanchette Brillant : Comprendre le harcèlement

  • 6 janv.
  • 4 min de lecture

Le harcèlement n’est pas un phénomène nouveau, mais il est aujourd’hui mieux identifié, mieux nommé et, surtout, beaucoup plus visible. Pour Stéphanie Fanchette Brillant, psychologue exerçant en cabinet libéral et en milieu scolaire depuis plusieurs années, cette forme de violence doit être comprise dans toute sa complexité afin de mieux protéger les jeunes qui y sont confrontés.


Elle rappelle d’abord que le harcèlement se définit par la répétition d’actes ou de propos visant à faire mal : « Ce sont des violences psychologiques, verbales, parfois physiques, qui s’installent dans la durée et dont la cible est incapable de se protéger seule. » Le harcèlement s’exerce dans la vie réelle, mais aussi dans le monde virtuel, où il prend la forme du cyberharcèlement. Avec les réseaux sociaux, les attaques suivent l’enfant jusque dans son espace intime. Ce qui, autrefois, s’arrêtait aux portes de l’école, se poursuit désormais le soir, la nuit et le week-end.


Pour la psychologue, il n’existe pas de profil type de victime. Tout individu peut en être la cible. « La fragilité n’est pas du côté de la victime », insiste-t-elle. Le harceleur, lui, repère souvent une différence réelle ou imaginaire — une manière d’être, un trait physique, une réussite scolaire ou artistique — qui vient réveiller chez lui une faille personnelle. À l’adolescence, période où le besoin d’identification au groupe est très fort, la simple altérité peut devenir un prétexte à l’attaque. Dans certains cas, le harceleur lui-même a vécu des violences ou du harcèlement et reproduit ce qu’il a subi pour ne plus se sentir vulnérable.


On observe également des situations où la frustration joue un rôle. Certains jeunes, incapables de gérer un commentaire ou un geste qu’ils interprètent comme un rejet, réagissent en harcelant. D’autres encore s’inscrivent dans des

dynamiques de groupe : un leader initie, d’autres suivent, collaborent, rient, encouragent. « Ce ne sont pas de simples témoins passifs. Ce sont souvent des collaborateurs, un groupe entier qui fonctionne ensemble », explique Stéphanie Fanchette.


La victime, elle, voit progressivement son image d’elle-même s’altérer. Les mots répétés, les gestes, les humiliations finissent par laisser une empreinte profonde. « Au début, le jeune doute. Puis il finit par croire que ce que l’autre dit est vrai. C’est tout le drame : les paroles de l’autre se collent à son identité. » L’isolement est un facteur aggravant. Lorsqu’aucun camarade ne prend sa défense, la victime se sent seule et pense parfois qu’elle mérite ce qui lui arrive.


Pour autant, la psychologue insiste : on peut se relever du harcèlement, même si certaines traces peuvent subsister. Le rôle de l’entourage est alors déterminant. Les adultes — parents, enseignants, éducateurs — doivent être attentifs aux signes : chute des résultats scolaires, perte d’intérêt pour les activités habituelles, isolement, irritabilité, changements de sommeil ou d’appétit, temps excessif passé sur les réseaux sociaux. « Le jeune essaie souvent de dire qu’il ne va pas bien, mais il le dit à travers ses comportements. D’où l’importance de garder un espace de dialogue. »


Créer ces moments d’échange ne nécessite pas de longs entretiens formels. Il peut s’agir de cuisiner ensemble, de jouer quelques minutes, de partager un repas sans téléphone : des moments simples où l’enfant sent qu’il est en sécurité, écouté, reconnu. Car la reconnaissance, rappelle la psychologue, est essentielle dans la construction de l’estime de soi. Valoriser les compétences de l’enfant, l’encourager dans ce qu’il aime — musique, sport, art, apprentissages — l’aide à se sentir compétent et confiant, deux ressources précieuses pour affronter les défis de l’adolescence.


Dès que le harcèlement est identifié, il faut protéger la victime et l’écouter. Elle a besoin d’être crue, soutenue et entourée. Mais l’accompagnement doit aussi toucher le harceleur et le groupe, car chacun exprime à travers ces comportements une difficulté sous-jacente. Comprendre ce qui pousse un jeune à rabaisser un autre permet d’agir en profondeur et de prévenir de futures violences.


Enfin, Stéphanie Fanchette souligne l’importance du rôle de la communauté éducative et sociale : « Chaque jeune doit savoir qu’il a autour de lui des adultes qui peuvent l’aider et qu’il n’est jamais seul face à ce qu’il vit. » Le harcèlement n’est pas une fatalité. Avec un entourage présent, attentif et bienveillant, chaque enfant peut retrouver une image positive de lui-même et reconstruire sa confiance.



Que faire si on est victime de harcèlement ?


• Parler et être entendu : il est essentiel que la victime puisse exprimer ce qu’elle vit et soit crue par un adulte de confiance.


• Ne pas rester isolé : rester en lien avec des proches bienveillants aide à ne pas se sentir seul.


• Se protéger des situations nuisibles : notamment en ligne, éviter ou quitter les groupes où se produisent des propos humiliants.


• Être écouté et accompagné : des entretiens et la présence d’adultes attentifs permettent à la victime de se sentir protégée et soutenue.


• Ne pas se blâmer : le harcèlement n’est jamais de la faute de la victime.



Stéphanie Fanchette est aussi l’auteure du roman jeunesse TELVIMA, publié chez NaMMA Éditions en décembre 2024. L’ouvrage suit Alexa, une adolescente mauricienne victime de moqueries, qui apprend à s’affirmer et à reprendre confiance en elle à travers un monde fantastique relié à Maurice.

 
 
 

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