Cybercriminalité : Protéger avant qu’il ne soit trop tard
- 5 janv.
- 3 min de lecture

Sergent au sein de la Cybercrime Unit du Central CID, Clifford Motet est en première ligne face à la montée des délits numériques : diffusion d’images intimes, harcèlement en ligne, groupes privés cryptés impossibles à contrôler… Dans cet entretien exclusif, il revient sur les dangers du partage irresponsable, l’efficacité des lois mauriciennes et l’importance de dénoncer sans attendre. À travers des explications concrètes, il offre un regard lucide sur une menace qui ne cesse de grandir, touchant autant les adolescents que les adultes.
Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je suis sergent à la Cybercrime Unit du Central CID. Mon rôle principal est de traiter les plaintes liées aux délits commis sur Internet et d’accompagner les victimes. La cybercriminalité évolue vite, et il est essentiel de rester présent, vigilant et disponible pour le public.
Justement, la cybercriminalité, comment la définir simplement ?
C’est tout acte criminel commis à travers un appareil numérique ou en ligne : intrusion dans un compte, vol de données, usurpation d’identité, arnaques, diffusion d’images intimes, harcèlement… Les formes sont multiples. Ce qui les unit, c’est l’usage de la technologie pour nuire, humilier, voler ou manipuler.
Parlons de la diffusion d’images intimes sans consentement. Est-ce reconnu comme un crime ?
Oui, absolument. La diffusion ou le partage d’images à caractère intime sans autorisation est un délit puni par la loi. Beaucoup pensent que “partager” n’est pas la même chose que “publier”, mais c’est faux. Si vous contribuez à faire circuler une image intime, vous participez au délit. Le but compte : partager pour blesser, pour se venger, pour exposer quelqu’un… c’est punissable.
Vous dites que l’intention est importante. Pourquoi ?
Parce qu’il faut toujours se demander pourquoi on partage. Est-ce pour informer ou pour humilier ? Pour alerter ou pour se moquer ? Une image peut devenir virale en quelques secondes et détruire une réputation. Tout n’est pas bon à partager. Il faut réfléchir avant de cliquer.
Telegram est souvent décrit comme une plateforme incontrôlable. Est-ce vrai ?
Telegram est une plateforme internationale sur laquelle nous n’avons pas juridiction directe. Des groupes privés partagent parfois des photos intimes, souvent dans un esprit de vengeance ou de dénigrement. C’est un vrai problème, car demander directement le retrait à Telegram est difficile. Mais cela ne veut pas dire que les victimes ne peuvent rien faire.
Justement, que faire lorsqu’on découvre que sa photo circule dans un groupe ?
Qu’il vienne immédiatement vers nous. Il est essentiel de déposer plainte. Plus tôt l’affaire est déclarée, plus grandes sont les chances de limiter la diffusion et de prévenir d’autres victimes. Nous recommandons vivement de ne pas affronter la situation seul.
Quand vous dites “venir vers vous”, cela signifie concrètement où ?
Directement à la Cybercrime Unit du Central CID. Nous sommes joignables aux numéros 210 36 84 et 210 46 53. Les victimes peuvent venir avec un parent si elles sont mineures. Le plus important est de ne pas rester dans la peur.
Les lois actuelles sont-elles suffisantes pour protéger les victimes ?
Nous avons la Cybersecurity and Cybercrime Act, qui est récente et déjà très efficace. Elle comporte plusieurs sections qui protègent bien la population. Évidemment, la technologie évolue vite et certains profitent encore de failles pour humilier ou nuire. Il faudra toujours s’adapter, mais la base légale est solide.
Les victimes viennent-elles d’elles-mêmes, ou ce sont les parents qui se
Les victimes viennent souvent elles-mêmes, surtout les jeunes, parfois accompagnées de leurs parents lorsqu’ils sont mineurs. Mais le plus gros frein, c’est la peur du jugement. Le “qu’en dira-t-on” est souvent la raison pour laquelle elles hésitent à dénoncer.
Quel message leur adressez-vous directement ?
De venir. La police est là pour servir et protéger. Dénoncer permet de mettre un frein à la situation et d’éviter qu’elle ne s’aggrave. Nous sommes formés pour accueillir les victimes avec respect et discrétion.
Un dernier mot pour ceux qui pensent encore que ces échanges d’images ne sont qu’un jeu ?
Ce n’est pas un jeu. Une image explicite peut détruire une vie, une réputation, une carrière. Une fois qu’un cas est ouvert contre vous, il peut vous suivre longtemps. Et surtout : ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas subir. Réfléchissez avant de partager.




Commentaires