Charlane Kong-Chee-Ting : Protéger par la présence et l’écoute
- 7 janv.
- 3 min de lecture

Le harcèlement chez les jeunes est un sujet dont on entend beaucoup parler, mais qui reste encore mal compris. À l’école, certaines situations sont rapidement qualifiées de harcèlement, alors qu’elles ne le sont pas toujours. Pour Charlane Kong-Chee-Ting, enseignante dans une école primaire, il est essentiel de prendre le temps de comprendre avant de nommer.
Âgée de 36 ans, Charlane enseigne depuis plusieurs années et accompagne quotidiennement ses élèves. Elle précise qu’elle n’est pas confrontée au harcèlement en permanence. Dans sa classe, elle n’a pas vu de cas flagrants se produire sous ses yeux, mais certains élèves viennent parfois lui dire qu’ils se sentent mal à l’aise ou visés. Ces moments sont l’occasion d’expliquer, de faire comprendre et de poser les mots justes.
« Le bullying, ce n’est pas quelque chose qui est tolérable, parce qu’il y a forcément quelqu’un qui est victime », confie-t-elle. Mais elle rappelle aussi que, derrière l’agresseur, il y a souvent « quelque chose qu’il veut démontrer et voice out ». Pour Charlane, il est important de distinguer le geste isolé de ce qui relève réellement du harcèlement : « Il faut que ce soit répété et que l’enfant ne se sente pas en sécurité. »
Contrairement à ce que l’on entend souvent, elle ne pense pas que le phénomène commence uniquement au primaire. Selon elle, cela peut apparaître plus tôt. Elle évoque le cas de sa petite sœur, qui, dès la maternelle, a ressenti de la pression et de la critique de la part d’une enseignante. « Le fait qu’on soit constamment sur le dos de quelqu’un, c’est quelque part une forme de bullying », dit-elle.
Dans sa classe, Charlane observe que les enfants ne mesurent pas toujours la portée de leurs actes. « Souvent, l’agresseur ne se rend même pas compte que ce qu’il fait est mal », explique-t-elle. Cette absence de conscience rend le harcèlement particulièrement préoccupant.
Lorsqu’une situation lui est rapportée, son approche est simple et bienveillante. Elle commence par parler à l’enfant concerné, seul, puis aborde la situation avec la classe, sans pointer qui que ce soit. L’objectif est de réfléchir ensemble à ce qui s’est passé et à ce qui aurait pu être fait autrement, sans stigmatiser.
Elle insiste sur le fait que les comportements blessants ont souvent une origine. « Parfois, c’est de la jalousie, parfois l’enfant ne se sent pas bien lui-même », explique-t-elle. Il peut s’agir de difficultés familiales, d’un sentiment de rejet ou
simplement d’un manque de repères. Et parfois, l’enfant n’a même pas onscience que ses gestes ou paroles font mal.
Pour détecter un problème, elle rappelle que certains signes doivent alerter, mais qu’ils ne suffisent pas à eux seuls. Une baisse de résultats scolaires, par exemple, peut indiquer un mal-être, mais plusieurs facteurs peuvent entrer en jeu. La vigilance est donc nécessaire, mais toujours dans le contexte global de l’enfant.
Si un cas de harcèlement est identifié, Charlane estime qu’il faut agir avec mesure. « Il ne faut pas en faire toute une histoire comme si c’était un sujet d’État, mais il ne faut pas non plus banaliser », dit-elle. L’écoute, la discrétion et la bienveillance sont ses priorités, pour l’enfant qui souffre comme pour celui qui a posé le geste.
Charlane insiste enfin sur le rôle des adultes, à la maison comme à l’école. « L’éducation commence à la maison », rappelle-t-elle. Il est parfois nécessaire de se demander si l’on a été attentif, si l’on a su écouter et comprendre l’enfant. Pour elle, l’essentiel est de créer un espace sûr pour qu’il puisse parler. « Il faut savoir écouter, être présent et permettre à l’enfant de mettre des mots sur ce qu’il ressent », dit-elle.
Son message reste simple : il ne faut pas rester seul face à ce que l’on ressent. Il existe toujours quelqu’un à qui parler, un parent, un enseignant ou une personne de confiance. Mettre des mots sur ses émotions est souvent la première étape pour sortir du silence.




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